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mercredi 4 avril 2018


Transfert : un premier tigre dans l'enclos d'acclimatation de MHTR !!
 
RTR 2017 – T91 Alphonso ou Mirza © Crédit photographique Pierre Chéron


Une très bonne nouvelle en provenance de l'état du Rajasthan, le 3 avril 2018 :
 
Après trente longues années d'attente, le jeune tigre mâle de 4 ans, T91 (Alphonso ou Mirza, fils de la célèbre tigresse Husnara -T30), qui avait migré naturellement depuis la zone principale des lacs de Ranthambhore vers les forêts du district de Bundi dans le Ramgarh Vishdhari Sanctuary, a été équipé d'un collier radio émetteur avant d'être relâché ce jour dans l'enclos préparé à cet effet dans la réserve de tigres de Mukundra Hills.

Cette phase transitoire doit lui permettre de s'acclimater en douceur avant de partir explorer une première phase une zone réduite à 82 km², puis ensuite les quelques 760 km² de son nouveau territoire composé d'une "core" zone et d'une buffer zone !

En parallèle, le "Forest Department" avance dans le processus de relocalisation des villages situés dans la réserve. Sur les 14 villages que comptait initialement le cœur de la réserve, 2 ont d'abord été déplacés, les autres villageois refusant de partir en raison des compensations  jugées insuffisantes. Récemment, les autorités ont proposé un site de 100 hectares pour les 12 villages restants dans les faubourgs de Kota qui pourrait cette fois recueillir l'assentiment des populations concernées. L'adhésion des habitants constitue un élément fondamental pour garantir la réussite du projet sur le long terme car en cas de frustration trop forte, les animaux se trouvent irrémédiablement exposés à des représailles (empoisonnement, aide aux  braconniers...).


L'arrivée des tigres dans la réserve de Mukundra devrait générer des retombées économiques positives avec la création d'une nouvelle activité d'éco-tourisme pour la ville de Kota et la possibilité de réaliser des safaris en bateau sur la rivière Chambal, en plus des safaris classiques proposés sur les pistes du parc. Le Chambal sanctuary accolé à la réserve abrite par ailleurs les très rares gharials (ou gavials), une espèce de crocodiles se nourrissant exclusivement de poissons et hautement menacée.

 
De manière à assurer aux nouveaux occupants un vivier de proies satisfaisant, 300 cerfs axis ont été amenés du zoo de Jodhpur pour venir gonfler les effectifs de cervidés et autres ongulés déjà présents (1000 cerfs axis, 1000 sangliers et 500 antilopes nilgauts). La densité actuelle de 25 proies par km² (deux fois inférieure à celle de RTR) dans la "core" zone devra toutefois croitre considérablement pour supporter une population d'une vingtaine de tigres à terme, une cinquantaine de léopards étant par ailleurs déjà recensés dans la réserve.

MHTR, relocalisation de T91 le 3 avril 2018 © Hindustan Times

Parfois décrié, l'action des autorités indiennes en matière de transfert de tigres est désormais reconnue au-delà de ses frontières si bien que des délégations étrangères viennent étudier les méthodes d'administration des réserves et les résultats obtenus (la dernière en date en provenance du Myanmar s'est rendue en janvier dernier dans la réserve de Rajaji dans l'état de l'Uttarakhand, au Nord de l'Inde).  
 
Deux femelles sont supposées rejoindre prochainement T91 dans la réserve de tigres de Mukundra Hills afin de constituer une population reliée à terme à la réserve de Ranthambhore par les corridors des contrées semi-aride du "Western India Tiger Landscape".  
 
La première tigresse pressentie pour former un couple avec T91 était T83, Lighting fille de Krishna (T19) et petite fille de la tigresse sauvage la plus médiatisée au monde, Machli (T16). Cette idylle n'aura jamais lieu a priori car Lighting vient de mettre au monde sa première portée dont le père pourrait être T86, Chirico, qui n'est autre qu'un autre jeune mâle guère plus expérimenté que T91 mais disposant de suffisamment d'assurance pour lui ravir le territoire des lacs et le contraindre à l'exil en quête d'un nouveau territoire...les histoires de tigres sont décidemment passionnantes !


RTR 2017 – T83 Ligthing © Crédit photographique Vincent Dabadie
Désormais, le "Forest Department" appuyé par la NTCA (National Tiger Conservation Authority) examine  le cas des tigresses de Ranthambhore ayant le bon profil pour être transférées à leur tour. Parmi les tigresses  T76, T81 et T82 occupant des territoires inaccessibles aux touristes ainsi que T59 et la fille de T60 installées dans les zones touristiques, deux femelles seront sélectionnées dans un premier temps.
 
La réserve de Mukundra Hills constitue un formidable espoir pour la création d'une "ceinture" dans le Western India Landscape reliant espaces protégés au moyen de corridors épousant la chaîne des monts Aravali, longue de plus de 400 km...en poussant toujours un peu plus loin les réflexions, on peut rêver à terme à la création d'une métapopulation des tigres d'Inde de l'Ouest, reliée côté est aux tigres d'Inde Centrale par le biais des sanctuaires de Kuno Palpur et Madavh situés dans l'état du Madhya Pradesh (un prochain article sera consacré cet été à l'exposé de ce projet en gestation).  
 
Avant de disposer des conditions minimales pour une migration "naturelle" et sécurisée des tigres à travers ces territoires extrêmement étendus, ces transferts organisés par les hommes permettent de consolider la présence des tigres dans des habitats favorables tout en décongestionnant des espaces jusqu'alors surpeuplés (c'est le cas actuellement de Ranthambhore avec ses 70 tigres !)...pour le cas de Mukundra, c'est le tigre Broken Tail issu de RTR qui avait montré en 2004 la voie en investissant les forêts de Darrah après un périple de plusieurs centaines de kilomètres (achevé toutefois tragiquement sur une voie de chemin de fer).
 
On peut regretter que le paramètre de diversification génétique n'ait pas été considéré lors de la sélection des tigresses amenées à rejoindre T91 mais on ne peut pas lever tous les obstacles en même temps et les échanges de tigres entre états indiens demeurent des opérations délicates et très exceptionnelles.
 
L'essentiel est bien là, les rugissements du tigre sont prêts à retentir sur les berges de la rivière Chambal qui serpente dans les gorges des collines de Mukundra ! 
 
 
 * Additif du 10/04/2018 :

Le tigre T91, rebaptisé Sultan depuis son arrivée à MHTR, semble bien réagir à son transfert et s'acclimate convenablement à son nouvel environnement. Il devrait quitter son enclos de 22 hectares sous une dizaine de jours et la seconde étape du processus pourra alors débuter avec une zone favorable de 80 km² mise à sa disposition, au cœur de la réserve. 

D'ici la fin du mois, deux tigresses en provenance de Ranthambhore sont supposées le rejoindre. Le suspense reste entier sur l'identité des futures "reines" de Mukundra...les conjectures vont bon train et certains avancent même le nom d'"Arrowhead" (T84), la reine des lacs de la zone phare de Ranthambhore qui vient de perdre ses petits, semble-t-il et qui s'était déjà accouplée avec T91 l'année dernière...ce choix serait toutefois étonnant dans la mesure où il s'agit d'une des "stars" de Ranthambhore, très prisée des touristes et des photographes, occupant qui plus est une zone stratégique du parc !

La NTCA doit donner dans les prochains jours son feu vert pour organiser les opérations de relocalisation des tigresses....affaire à suivre 

mercredi 7 mars 2018

Les rayures du tigre, pour quoi faire ?

" Afin d'identifier les individus, comparer le dessin des rayures des tigres est un exercice parfois compliqué. Avoir la capacité de mémoriser ces dessins avec la complexité de leurs formes est beaucoup, beaucoup plus problématique. Quand ces rayures se rapportent à des animaux vus parfois uniquement en photo, on touche les sommets 

J'ai rencontré cette personne en Inde. Il s'est vite fait remarquer auprès des guides qui parfois le  voyait pour la première fois. Très vite, ils l'ont écouté. Je l'ai ramené dans mes bagages 😏 A ce niveau, je ne rivalise pas !

Vincent vient d'avoir un échange avec un indien sur Facebook, et lui a fait une démonstration sur les signes qui pouvaient indiquer les liens de filiation entre différents animaux. En fait comme pour les humains. 

Là, on va faire hurler les "puristes". Qu'ils se souviennent de ce que l'on disait il y a seulement quelques années. (les mâles ne s'occupent pas des petits, etc...)

Merci Vincent pour la petite démonstration... et le partage. "


Les rayures du tigre, pour quoi faire ?
RTR mars 2017 – T74 Teddy Bear © Crédit photographique VD

RTR mars 2017 – T74 Teddy Bear © Crédit photographique VD
Dans l’imaginaire collectif, les rayures du tigre en font l’insaisissable seigneur de la jungle, avançant camouflé, à l’abri de cette « robe » se confondant aux nuances de feuillages et branchages, pour se tapir dans les herbes hautes avant de bondir sur sa proie.

Ame véritable des forêts indiennes selon la célèbre formule de Valmik Taphar, ses rayures associées à ses yeux incarnent sa grâce et sa beauté « magnétique » qui ont fait de tout temps battre le cœur des hommes dans un sentiment mêlé d’exaltation extrême et de crainte irraisonnée.

Dans une vision moins contemplative, tirant parti des dessins uniques dont se pare chaque individu, les naturalistes et scientifiques s’appuient désormais, pour effectuer les recensements des populations, sur les données collectées par les pièges photographiques Blog Pierre Chéron ainsi que sur le traitement des images par des logiciels d’analyse et de comparaison des rayures, notamment celles présentes sur les flancs des différents spécimens.

Ces motifs spécifiques symbolisent la singularité de chaque individu à travers un ADN qui lui est propre.

Pour une espèce menacée comme le tigre, les informations permettant une identification claire de tous les spécimens sont primordiales pour mieux comprendre les comportements territoriaux des tigres.

Elles complètent efficacement les données collectées via le « monitoring » assuré par la pose de colliers émetteurs sur un petit nombre d’individus.

Parallèlement à la démarche de prélèvements d’échantillons pour analyser l’ADN des tigres, la constitution d’une base de données quasi exhaustive grâce aux rayures doit permettre de conforter les choix stratégiques réalisés par le "Forest Département lors de la préparation des opérations délicates de relocalisation.

En effet, avant d’en arriver à des échanges naturels via la restauration des corridors, le "Forest Department" et le NTCA Blog Pierre Chéron ("National Tiger Conservation Authority") sont entrés dans une étape de rationalisation des transferts, aidés par les scientifiques du "Wildlife Institut of India" et les naturalistes des différentes réserves.

Revivifier le génome appauvri des tigres en créant de bonnes conditions de brassage génétique passe par la connaissance des individus et de leur ascendance. C’est pour cette raison qu’il est intéressant d’archiver les données au fur et à mesure et d’établir des « arbres généalogiques » lorsque cela est possible.

Les rayures pour aider à identifier la paternité d’une portée ?

De manière plus triviale et ludique, les rayures peuvent servir des desseins quelque peu inattendus.

Ainsi, les naturalistes et autres passionnés des félins observables à l’état naturel sont constamment en quête d’informations sur l’évolution des familles de tigres.

Les rayures constituent alors des indices permettant d’identifier tel ou tel individu observé et de le repérer rapidement. Celles de la tête et plus particulièrement celles situées au dessus des yeux sont facilement distinguables et aucun tigre ne dispose des mêmes motifs que son congénère.

Or, si la maternité des tigres ne laisse guère place au doute dans la mesure où la mère s’occupe de sa progéniture sans interruption pendant presque deux ans, la paternité des portées peut s’avérer quant à elle beaucoup plus compliquée à établir.

En effet, le seul fait qu’une tigresse avec des petits réside sur le territoire d’un tigre male dominant ne signifie pas automatiquement que ce dernier en est le géniteur. Afin de protéger leurs futurs petits Blog Pierre Chéron et pour s’adapter aux réalités des luttes de territoire fratricides opposant les mâles, les tigresses font preuve de pragmatisme et peuvent brouiller les pistes en s’accouplant avec plusieurs d’entre eux…lorsque le dominant finit par chasser les autres de son territoire, il est alors persuadé d’être le père de la portée à naître.

C’est dans ces conditions que l’observation des rayures peut fournir des indications précieuses sur les liens de filiation entre individus bien que ne résultant pas d’une approche scientifique qui présente l’avantage d’être irréfutable.

Ainsi, on constate des similitudes troublantes entre les rayures au dessus de l’œil droit de la « légende » du parc de Kanha, Munna, et celles de son fils Chota Munna (ou Link 7)…difficile de ne pas y voir l’expression d’une transmission génétique comme celle que nous constatons tous les jours dans les traits du visage communs aux membres d’une même famille chez les humain
s.

Bien d’autres exemples ont été observés entre ascendants et descendants partout à travers l’Inde et on peut notamment citer : Matkasur et Chotta Matkasur à Tadoba, Umarpani femelle et Umarpani male à Kanha, Noor et Sultan ainsi que les trois filles de sa dernière protée à Ranthambore.

Evidemment il ne s’agit pas d’un constat systématique mais parfois ces similitudes peuvent conduire sur la piste d’un tigre mâle lorsque l’on émet des conjectures quant à la paternité de tel ou tel autre mâle.

C’est le cas actuellement à Ranthambore pour la dernière portée de la tigresse T19 (Krishna) qui régna longtemps sur la région des lacs et qui fut contrainte par une de ses filles à se retirer dans un territoire assez reculé, en « mal » de dominance. Blog Pierre Chéron Il s’agit de la zone 4 du parc où un mâle, T74 (Teddy Bear), est parfois observé à l’instar d’autres prétendants.

Aucun des guides et naturalistes du parc n’est encore en mesure de confirmer l’identité du géniteur…il est bien tentant dans ces conditions de succomber au "langage" des rayures, ne croyez-vous pas (voir figure ci-dessous) ?!?


jeudi 8 février 2018

Recensement des tigres 2018

Le recensement des tigres qui vient de débuter en Inde présente quelques nouveautés pour l'exercice 2018. 
  • La précision des mesures va être effectué plus finement. Auparavant il était positionné un piège photo tous les 4 km2. Maintenant le maillage est en place tous les 2 km2. Pour cela il sera utilisé 15.000 appareils au lieu des 9.700 utilisés précédemment.  Les photographies seront géo-localisées et réunies dans la base de données nationale M-Stripes.                                                                       
  • Les relevés seront à présent opérés jusqu'à une hauteur de 3.200 m d'altitude. Auparavant, ceux-çi s'arrêtaient à 2.000m. Notamment ces mesures incluront Dibang valley dans  l'Arunachal Pradesh où au moins 5 tigres ont été observés.
  • Les pièges photo seront renforcés au Nord-Est du pays où les relevés étaient fait jusqu'à présent sur la base d'analyses d'excréments (DNA) car la densité de la végétation compliquait l'utilisation des pièges photo.
  •  L'état du Gujarat fera également partie du comptage car il y a été observé des tigres (c'est une première). La question est de savoir s'il s'agit d'une source ou bien de tigres de passage. Notons que plusieurs scientifiques auraient été au courant depuis plus d'une décennie mais, pour empêcher le braconnage, n'avaient pas révélés les faits au public. 
© Pierre Chéron